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Editorial CGSP Enseignement - Février 2012

Avons-nous une tête à claques ?


Nous avons changé de millésime mais le discours politique n’en a pas varié pour autant : l’austérité est de rigueur, nous devons l’accepter et nous montrer raisonnables, toute action de protestation est inutile et conduit le pays vers l’abîme…

Et puis quoi encore ?

La crise économique est bien là, tous les paramètres financiers se déglinguent, les taux de croissance s’effondrent. Et alors ? En sommes-nous responsables, nous, travailleurs et allocataires sociaux qui serons les principales victimes de ces mesures d’économie ? Allait-on, une fois n’est pas coutume, faire payer les premiers responsables de la crise que sont les spéculateurs ?

Que nenni !

Une fois de plus, le courage politique a fait défaut, pas de décision instaurant par exemple une taxe sur les transactions financières qui aurait pu réguler le système et faire trinquer les vrais coupables.
Une fois de plus, ce sont les citoyens qui vont subir les conséquences de cette énième crise. Et comme il devient difficile de les faire payer plus – les revenus du travail en Belgique sont parmi les plus taxés d’Europe, la solution a été vite trouvée : il suffit de les faire payer plus longtemps, en retardant l’accès à la retraite.

Et voici une deuxième claque pour les enseignants !

La première, ils l’avaient reçu lors du vote le 20/12/2011 par le Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles du Décret modifiant le régime des fins de carrière (voir l’article : activité parlementaire). Là aussi, en retardant la possibilité d’accéder à la DPPR à temps complet de 55 à 58 ans, on avait fait fi des conditions de travail de plus en plus difficiles que connaissent les enseignants.

Deux claques donc en deux jours (la loi réformant les pensions publiques a été votée « à la hussarde », sans concertation préalable, le 22/12/11) !

Même si de nombreuses inconnues subsistent (voir article dans les pages suivantes), la grande majorité des enseignants va être confrontée à un allongement considérable de la carrière. Selon les chiffres obtenus du Cabinet de la Ministre Simonet, à peine 1/3 des enseignants en fonction compteront 40 ans de services admissibles à l’âge de 62 ans. Bien peu peuvent envisager de manière sereine et détachée ces nouvelles années supplémentaires. En raison de la pénibilité du métier, beaucoup n’auront pas la force physique ou mentale d’atteindre ce terme et seront donc sanctionnés par une retraite anticipée pour inaptitude physique.

Ironie du sort, tous les enseignants âgés de 55 ans au 31/12/2011 ont reçu de la Ministre Simonet un courrier leur garantissant, sous couvert du Décret voté le 20 décembre, l’accès à la DPPR à 55 ans et à la pension à 60 ans. L’encre de ce décret à peine sèche, la Loi votée le 22/12 réservait ce droit aux enseignants déjà en DPPR ou l’ayant sollicitée avant le 28/11/11. Qu’advient-il pour les autres de l’engagement de la Ministre ? Quelles modifications faudra-t-il apporter au nouveau régime de DPPR à peine promulgué et déjà obsolète ? Personne à ce jour ne peut le dire et nous nous efforçons d’obtenir des réponses rapides à ces questions.

Et maintenant ?

Il n’entre pas dans nos habitudes et nos valeurs de tendre la joue gauche quand on nous a giflés sur la joue droite (à plus forte raison lorsqu’on le fait 2 fois !).

Nous nous devons de réagir en participant activement aux actions de protestation syndicale et en soutenant de toutes les manières utiles nos négociateurs. Ceux-ci vont s’efforcer de supprimer quelques couplets à l’hymne à la gloire de l’austérité aveugle et de les remplacer par des mesures plus équilibrées et moins injustes.

N’acceptons pas de jouer les punching-balls et démontrons que nous pouvons cogner à notre tour.

PASCAL CHARDOME