RASSEMBLEMENT À LIÈGE DU 7 NOVEMBRE : UN ESPOIR ?

Le 7 novembre, nous étions plus de mille à Liège pour échanger ensemble autour de la question de la pénibilité du métier des personnels de l’enseignement.  

Merci à ceux et à celles qui étaient présents et qui ont donc, via leur participation, marqué leur intérêt pour cette problématique qui nous concerne directement.

Un premier constat que l’on peut tirer de cette journée de rassemblement est sans aucun doute le fait que nous étions nombreux. C’est un constat heureux et positif qui nous donne très certainement beaucoup d’espoir pour l’avenir. On sait qu’il est parfois compliqué d’interrompre son travail pour se rendre à un rassemblement syndical. Mobiliser est chose difficile, on ne s’en cachera pas.

En effet, cette difficulté peut s’expliquer notamment par les pressions que subissent certains enseignants, et plus largement des travailleurs, lorsqu’ils s’absentent. On connait aussi l’instabilité voire la précarité de nombreux emplois, les préjugés à l’encontre des enseignants ou des syndicalistes, et la primauté accordée à la « productivité » par rapport au bienêtre du travailleur…

Malgré ces réalités actuelles difficiles, nous étions plus de mille, toutes organisations syndicales confondues. Et pour cela, merci. 

Pourquoi l’organisation de cette journée ?

Cette journée était d’abord l’occasion de nous réunir, de nous rassembler, de nous écouter, d’échanger. Bref de faire tout ce que l’on n’a pas toujours le temps de faire dans la vie de tous les jours. On y reviendra plus loin dans l’article mais lors de cette journée, il a été mis en évidence, à plusieurs reprises, que l’enseignant est bien souvent isolé dans son travail de tous les jours, l’aspect collectif du métier manquant cruellement.

Dans le prolongement de ce constat, l’objectif de cette journée était aussi assurément de contribuer au renforcement d’une identité commune et collective du métier et de faire ainsi réaliser aux travailleurs de l’enseignement qu’ils ne sont pas seuls et que de nombreux camarades rencontrent les mêmes difficultés qu’eux.

Une autre motivation est à la base de l’organisation de cette journée, elle concerne un aspect plus concret, davantage directement politique, puisqu’il s’agit de nos pensions. Le Ministre des Pensions, Bacquelaine, a introduit la notion de pénibilité pour certains métiers comme condition d’octroi à une pension « raisonnable ». Les métiers non reconnus comme étant pénibles connaitront donc une régression en matière de pension et se verront attribuer des conditions d’accès à la pension plus défavorables. Nous en sommes donc malheureusement réduits à devoir justifier et mettre en évidence les difficultés spécifiques de notre métier pour espérer nous voir accorder cette reconnaissance de pénibilité de la part du Gouvernement Fédéral, condition sine qua non pour accéder à une pension qui ne serait pas trop réduite, aussi bien en termes d’admissibilité à la pension qu’en termes de montant.

Que retenir de cette journée ?

Ce que l’on retiendra de cette journée est finalement propre à chacun d’entre nous.

Chaque enseignant vit en effet son travail de manière différente et a dès lors intégré les informations émises lors de cette journée en fonction de la réalité qu’il vit sur le terrain. C’est un fait.

Et c’est d’ailleurs pour cette raison que décrire en la résumant la pénibilité du métier n’est pas facile. En effet, la pénibilité est une notion difficilement objectivable. C’est même quelque chose de parfois très personnel. Néanmoins ceci étant dit, un des objectifs sous-jacents à cette journée était de montrer que certains facteurs expliquant la pénibilité concernent tous les métiers de l’enseignement. Ces facteurs sont inhérents au métier même de l’enseignant, citons par exemple le fait de rester debout, l’articulation complexe entre le travail de préparation et son effectivité en classe, l’environnement du travail, comme par exemple l’exposition au bruit qui va de pair avec une certaine évolution du métier.  

On tentera dans les lignes qui suivent, de résumer quelques-uns des propos qui nous ont semblé pertinents pour la suite de nos travaux et de nos combats. Ces propos ont également un intérêt en ce sens qu’ils concernent tous les métiers de l’enseignement. Il est en effet essentiel, pour nous, organisation syndicale, de considérer et de défendre tous les métiers de l’enseignement ainsi que tous les niveaux, à valeur égale, et par conséquent de dégager des grandes lignes communes.

La triple responsabilité qui incombe à l’enseignant

L’enseignant a d’abord une responsabilité vis-à-vis des élèves présents dans sa classe. Ces élèves lui sont confiés et sont censés acquérir les savoirs et compétences définis dans les textes officiels. En classe, l’enseignant représente aussi l’adulte « civilement » responsable.

Face à sa hiérarchie, l’enseignant doit en outre respecter et faire respecter les règles, il doit également se soumettre aux programmes et aux textes officiels.

Mais ce n’est pas tout, l’enseignant a aussi quelque part une responsabilité par rapport aux parents qui lui confient leur enfant et attendent de lui la mise en œuvre des missions éducatives. La place des parents à l’école a parfois tendance à augmenter. Cela est plutôt positif de voir ces acteurs impliqués davantage dans l’éducation scolaire de leur enfant, mais pour l’enseignant, cela constitue un défi supplémentaire.

…Une triple responsabilité donc, découlant d’une triple relation, et pourtant un enseignant seul dans sa classe, isolé

En effet, une grande partie du travail de l’enseignant se déroule soit en classe, soit chez lui pour préparer les leçons. Comme l’a très justement relevé Vincent Dupriez, une telle structure organisationnelle ne permet ni d’apprendre avec ses collègues, ni d’échanger sur les difficultés professionnelles rencontrées et encourage en réalité l’isolement des travailleurs. Là où l’enseignant est en contact permanent avec toute une série de personnes, élèves, parents, hiérarchie, il est en réalité très seul dans le rôle qu’il mène. Une des propositions de Vincent Dupriez est donc de rendre la structure scolaire davantage collaborative notamment en généralisant les échanges entre enseignants, les recherches, la construction concertée d’outils pédagogiques, l’implication collective des enseignants dans les établissements. Mais aussi en développant des espaces scolaires (et des ressources) propices à un métier plus collectif.

La variabilité du métier d’enseignant suivant le contexte

Un autre facteur qui accroit très certainement la pénibilité du métier d’enseignant est davantage d’ordre systémique. De nombreux enseignants travaillent dans des écoles qui concentrent toute une série de difficultés dont l’une est d’accueillir un public défavorisé, ceci contribue très largement à ce sentiment de pénibilité. Or, on sait que dans notre système éducatif, la mixité sociale n’est pas un de nos points forts, bien au contraire, et que les publics socio économiquement défavorisés sont le plus souvent réunis dans les mêmes écoles. A ce sujet, Dominique Lafontaine, qui préfère parler de « satisfaction professionnelle » plutôt que de pénibilité, constate, au travers d’études scientifiques, que « la satisfaction professionnelle est meilleure dans les écoles fréquentées par un public d’élèves favorisés socialement ».

L’importance de la formation

La formation pédagogique n’a pas été citée comme étant un facteur pouvant influencer la pénibilité du métier mais plutôt comme un facteur décisif dans le choix de l’enseignant de poursuivre ou non dans la profession. Vincent Dupriez l’a mis en évidence lors de son exposé lorsqu’il dit ceci « les enseignants débutants, quand ils ont une formation pédagogique, ne partent pas en courant. Au contraire, … leur problème, c’est d’entrer dans le métier ! »

Il serait intéressant d’analyser à quel point la (non) formation peut influencer le sentiment de pénibilité. En effet, le fait de se sentir parfois démuni par rapport à certaines situations d’apprentissages ou certains comportements d’élèves peut sans doute être accru lorsque la formation n’a pas été assez complète, construite, intense et pertinente. 

Enfin, les mutations économiques actuelles et l’application de nouvelles stratégies organisationnelles ne vont pas dans le sens d’un travail soutenable et d’une amélioration du bienêtre des travailleurs. Comme l’a très bien évoqué Valérie Delsaux dans son exposé, le monde du travail a changé et cela n’est pas sans conséquence sur le travailleur. Les notions de flexibilité, de performance, d’adaptation à l’ère numérique, d’évaluation rythment de plus en plus nos journées de travail.

Tous les travailleurs sont confrontés à ces changements malheureux et c’est donc ensemble, par des actions regroupant plusieurs secteurs de travail, que nous devons essayer de faire bouger les lignes à ce sujet. Ces mutations et leurs conséquences, on vient de le dire, concernent tous les travailleurs dont ceux de l’enseignement. Elles viennent ainsi s’ajouter et amplifier les composantes plus spécifiques de la pénibilité du métier.

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Témoignage d’une enseignante du secondaire supérieur

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Distribution de tracts « Merci le MR ! » à la gare des Guillemins           

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Echanges informels autour d’une boisson et d’un sandwich dans le hall du Palais des Congrès